L’ennui
J’écris aujourd’hui, le 17 août 2026, à propos de l’ennui.
Nous passons notre temps à le fuir et à le négliger. Pourtant, l'ennui est un processus nécessaire et vital à la création. Il est le vecteur qui nous permet de nous reconnecter à l'oubli. Il suffirait de quelques minutes par jour pour parvenir à faire le vide dans notre esprit et laisser place à l’inspiration. Sauf que l'ennui requiert surtout de l'attention, énormément d'attention et de concentration.
Posez-vous la question: combien de fois par jour parvenez-vous à vous ennuyer? Sans musique, ni écran, sans communication ou activité, faire face au vide absolu? Combien de fois par jour faites-vous véritablement face à vous-même et à vos propres pensées les plus enfouies?
Il serait presque devenu un acte héroïque de pouvoir faire abstraction de toute distraction et de retrouver enfin ce dont nous avons besoin au quotidien pour nous renouveler. Les solutions que l'on fuit le plus sont paradoxalement celles dont nous avons le plus besoin.
L’idée que l’ennui soit utilisé comme espace de création rejoint le travail d’Agnes Martin. En privilégiant la solitude et le silence, elle cherchait à créer un espace mental propice à l’émergence de nouvelles idées. Ses œuvres, composées de lignes et de grilles minimalistes, peuvent ainsi être perçues comme le résultat d’un état d’attention prolongé, où le vide devient un moyen de se reconnecter à soi-même. Agnes s’installait sur sa chaise, jusqu’à ce qu’une idée surgisse dans son esprit, un moment qu’elle appelait l’inspiration. C’est ainsi que presque spontanément, l’image apparaissait entièrement formée dans son esprit.
I don’t have any ideas myself. I have a vacant mind in order to do exactly what the inspiration calls for. — Agnes Martin
Lovely life, 1999